En tant qu’organisations œuvrant à l’avancement de politiques fondées sur les droits de la personne et la santé publique, le Réseau juridique VIH et la Coalition canadienne des politiques sur les drogues condamnent fermement la décision du gouvernement de l’Alberta de fermer les derniers sites de consommation supervisée à Calgary et à Lethbridge, et demandent instamment qu’elle soit annulée immédiatement. Si on la laisse faire, cette décision politique entraînera la mort évitable d’êtres chers, l’augmentation des taux de blessures évitables et de transmission du VIH et de l’hépatite C, l’augmentation de la pression sur des services d’urgence surchargés, et l’augmentation de la consommation de drogues et des débris dans les espaces publics.
Les preuves de ces problèmes sont bien établies depuis des décennies. Nous notons que le gouvernement de l’Alberta tente d’appuyer sa décision sur sa propre étude de six mois, qui contredit les preuves accablantes démontrant les effets néfastes sur les communautés de la fermeture d’un site. En Ontario, les fermetures de sites de consommation supervisée ont été associées à plusieurs préjudices au cours de l’année écoulée, notamment à une forte augmentation des toxicités liées aux opioïdes traitées par les services médicaux d’urgence (+69,5 %) et des visites aux services d’urgence pour des toxicités liées aux opioïdes (+67 %), ainsi qu’à une augmentation des décès dans des résidences privées et en plein air.
En tant qu’experts en politique des drogues, nous soulignons que le taux de décès par toxicomanie est directement influencé par la composition et la volatilité de l’offre de drogues non réglementée, qui échappe actuellement à la surveillance et au contrôle de tout organisme de réglementation. Il est choquant de constater que le gouvernement de l’Alberta affirme qu’il est temps de fermer ces sites parce que les décès par overdose ont chuté “d‘environ 39 %” depuis le pic atteint en 2023. Mais 602 personnes ont perdu la vie en seulement six mois en 2025. Nous sommes toujours au cœur d’une crise des drogues toxiques, et les sites de consommation supervisée sont essentiels pour réduire le nombre de décès par overdose. L’élimination d’un outil de prévention des overdoses essentiel et fondé sur des preuves défie toute logique.
Le site de consommation supervisée de Calgary a répondu à lui seul à 475 événements liés à la drogue au cours des trois premiers trimestres de 2025. Pour être clair, ces chiffres représentent des vies qui auraient été perdues sans l’existence de services de consommation supervisée.
Les personnes qui consomment des drogues à Calgary et à Lethbridge perdront une bouée de sauvetage lorsque ces sites fermeront en juin 2026. Supprimer l’accès à l’un des outils les plus probants et les plus éprouvés pour réduire les décès et les blessures évitables liés à la drogue est un choix irréfléchi dont les conséquences sont évidentes : davantage de souffrances inutiles. Dans le contexte d’une offre de drogues volatile, toxique et non réglementée, les services de consommation supervisée sont un élément essentiel d’une approche plus large qui inclut l’accès à un traitement volontaire, réglementé et fondé sur des données probantes. L’augmentation des investissements dans les services de traitement basés sur l’abstinence ne remplace pas le service unique et salvateur fourni par la consommation supervisée. Il est bien établi que la recherche de l’abstinence, pour ceux qui le souhaitent, n’est pas un processus linéaire. Par exemple, le risque accru d’overdose mortelle après un traitement de la toxicomanie est bien documenté. En garantissant la disponibilité d’une gamme de services fondés sur des données probantes, y compris la consommation supervisée, nous sommes mieux à même de soutenir les gens et de réduire le nombre de décès évitables. La réduction des méfaits et l’accès aux services de traitement volontaire vont de pair.
Nous sommes solidaires des personnes qui consomment des drogues et de leurs familles, ainsi que des travailleurs de première ligne qui subiront les effets néfastes de cette décision politique. Nous nous engageons à travailler avec nos alliés en Alberta pour faire avancer une politique de lutte contre la toxicomanie fondée sur des données probantes et créant des communautés plus sûres et plus saines pour tous les membres de notre société, quelle que soit leur relation avec la toxicomanie.
Le le Réseau juridique VIH et la Coalition canadienne des politiques sur les drogues demandent au gouvernement de l’Alberta de revenir immédiatement sur cette décision.

